Pourquoi l’énergie compte plus que le temps
Dans de nombreuses organisations, la performance est encore évaluée en fonction du temps : heures passées au bureau, disponibilité et charge de travail. Cette approche rassure parce qu’elle est facilement mesurable, mais elle ignore un facteur essentiel : la qualité de l’énergie humaine. Les personnes vivant avec un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) l’illustrent particulièrement bien. Elles doivent mobiliser davantage de ressources cérébrales pour initier une tâche, maintenir l’attention et réguler les émotions, ce qui se traduit par des pics de productivité suivis de périodes de fatigue profonde. Des recherches sur le métabolisme du glucose montrent que le cerveau consomme environ 20 % de l’énergie du corps alors qu’il ne représente que 2 % de sa masse, et que les adultes ayant un TDAH présentent un métabolisme du glucose plus faible dans plusieurs régions clés, notamment le cortex préfrontal et les ganglions de la base. Ce déséquilibre contribue à la sensation d’« épuisement neurocognitif » décrite par de nombreux adultes TDAH.
Une dynamique neurocognitive particulière
Les travaux d’imagerie montrent que la diminution de l’activité métabolique dans le cortex préfrontal impose un coût énergétique élevé pour réaliser des tâches qui semblent routinières. En parallèle, nous prenons tous des milliers de décisions chaque jour. Selon un article de Verywell Mind, un adulte moyen en prend environ 35 000 et la qualité de ces décisions baisse au fil de la journée : le cerveau traite plus lentement et commet davantage d’erreurs lorsque la fatigue s’installe. Ce phénomène de « fatigue décisionnelle » devient quasiment permanent chez les personnes TDAH, même lorsque les décisions ne sont pas particulièrement complexes, car la majorité de ces choix font appel à la « cognition froide » (processus impliquant peu d’émotions) sur laquelle elles obtiennent des performances moins bonnes. L’effort invisible nécessaire pour maintenir l’attention, gérer les interactions et masquer les difficultés entraîne souvent un épuisement et un risque accru de burnout.
Pourquoi mesurer l’énergie plutôt que le temps ?
La culture du temps ne reflète plus la réalité. La productivité par heure n’augmente pas forcément avec le nombre d’heures travaillées et la fatigue cognitive se ressent lorsqu’on doit rester concentré longtemps. Deux personnes peuvent effectuer la même tâche avec une dépense énergétique très différente, et cette dépense varie pour une même personne selon les jours. En se concentrant sur l’énergie mentale, émotionnelle et physique, les organisations comprennent mieux leurs collaborateurs et peuvent proposer des aménagements adaptés : horaires flexibles, périodes de récupération, culture du résultat plutôt que de la présence, etc. Reconnaître la variabilité de l’énergie oblige aussi à ne pas projeter son propre rythme sur autrui.
Fatigue et épuisement : un cercle vicieux
Chez l’adulte TDAH, l’hyperactivité cérébrale filtre mal les distractions et impose une vigilance constante. Chaque interaction ou imprévu est vécu comme intense, et la succession de microdécisions accentue la fatigue exécutive. La culpabilité de se sentir épuisé ajoute une couche de stress supplémentaire. Certaines personnes développent des stratégies sophistiquées pour paraître « comme les autres » (environnements ultra structurés, rappels permanents, choix de carrières alignés sur leurs forces). Ces stratégies peuvent fonctionner un temps, mais elles ont un coût : anxiété, dépression et effondrement énergétique lorsqu’un événement majeur survient ou que la charge augmente brusquement.
Organiser le travail en fonction de l’énergie
Gérer son énergie ne signifie pas réduire la charge, mais l’organiser autrement. Une première étape consiste à observer ses propres rythmes : repérer les périodes de haute et de basse énergie puis planifier en conséquence. Les tâches complexes (analyse, rédaction, réflexion stratégique) sont placées pendant les pics d’énergie, tandis que les activités à faible charge cognitive (classement, relecture, courriels) sont réservées aux moments de baisse. Cette approche augmente souvent la productivité tout en réduisant l’épuisement. Les organisations peuvent soutenir cette démarche en valorisant le résultat, en favorisant un environnement calme, en autorisant des pauses régulières et en permettant des aménagements d’horaires.
Stratégies pour recharger l’énergie
- Récupération active : des recherches de Cornell Health montrent que des pauses intentionnelles de 5 à 60 minutes améliorent l’énergie, la productivité et la capacité de concentration. Il s’agit de vraies pauses (marche, respiration, créativité) plutôt que de parcourir les réseaux sociaux.
- Mouvement et exercice : l’activité physique augmente la production de dopamine et de noradrénaline, les neurotransmetteurs ciblés par les médicaments du TDAH. Une séance d’aérobic, une marche ou des étirements suffisent à améliorer la concentration et l’humeur. Même de courtes séances réparties dans la journée peuvent faire la différence.
- Nutrition et sommeil : une alimentation riche en fruits, légumes, glucides complexes et protéines stabilise l’énergie et soutient la production de neurotransmetteurs. Des minéraux comme le fer, le zinc et le magnésium contribuent également à l’attention et à la concentration. Le National Institute of Mental Health recommande de faire de l’exercice régulièrement, de manger équilibré et de dormir entre 7 et 9 heures par nuit, en évitant les écrans avant le coucher.
- Mindfulness et cohérence cardiaque : des interventions basées sur la pleine conscience (MBCT, MBSR) améliorent la régulation de l’attention et réduisent l’impulsivité chez les personnes TDAH. Les exercices de respiration et de méditation renforcent la régulation émotionnelle et diminuent le stress.
- Accompagnement et coaching : un coaching spécialisé aide à identifier les déclencheurs de fatigue et à mettre en place des stratégies adaptées. Les coachs créent des programmes individualisés, offrent un soutien et enseignent des compétences pratiques pour améliorer l’organisation et l’auto-régulation. Des recherches montrent que le coaching améliore les fonctions exécutives et l’autodétermination des étudiants et des adultes TDAH.
Valoriser les forces du TDAH
Parler d’énergie et de fatigue ne doit pas occulter les forces associées au TDAH. Des recherches sur l’entrepreneuriat montrent que les cerveaux TDAH traitent les stimuli de manière rapide et flexible, ce qui peut être un atout pour identifier des opportunités. Les personnes TDAH sont souvent perçues comme plus curieuses, créatives, imaginatives et innovantes. Leur capacité à se plonger intensément dans une activité qui les passionne (hyperfocus) peut mener à une productivité et à une qualité de travail élevées ; une étude rapporte que 68 % des participants TDAH expérimentent régulièrement l’hyperfocus et que cela améliore la productivité pour environ 30 % d’entre eux, surtout dans des rôles créatifs ou flexibles.
Une meilleure flexibilité cognitive leur permet également d’envisager plusieurs points de vue et de s’adapter rapidement. Enfin, l’impulsivité associée au TDAH peut se transformer en goût pour le risque et en résilience face aux défis.
Conclusion
Pour les professionnels TDAH, la performance n’est pas une simple affaire d’heures passées au bureau. Leur cerveau dépense davantage d’énergie pour accomplir des tâches semblables à celles de leurs collègues, ce qui se traduit par des pics de performance et des phases de fatigue.
En adoptant une culture du résultat et de la flexibilité, les entreprises améliorent non seulement l’inclusion mais aussi la performance globale. Valoriser les forces du TDAH et proposer des aménagements énergétiques adaptés permet de construire un environnement de travail plus humain, plus inclusif et plus efficace pour toutes et tous.
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